Tourcoing : quand l’intégration des enfants roms passe par l’art, la musique et l’acrobatie

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PAR BÉRANGÈRE BARRET,

La Voix du Nord (Tourcoing)

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Une MJC tourquennoise propose des ateliers artistiques à destination des enfants roms résidant sur la commune, entre théâtre et musique. Une autre manière d’appréhender les relations avec une population encore très souvent étiquetée de multiples a priori et préjugés, comme le regrettait la Ligue des droits de l’homme le 8 avril dernier, à l’occasion de la Journée internationale des Roms.

Période de vacances scolaires à la MJC du Virolois, un quartier proche du centre-ville à Tourcoing. Un quartier qui accueille, aussi, le camp de Roms de la ville, le « camp Chateaubriand » à quelques encablures de la gare.

À la MJC, tout est calme, la plupart des enfants des centres de loisirs sont de sortie. Mais lorsqu’on pousse la porte de l’une des salles, les cris et rires sautent aux oreilles. Il est 11 h, les ateliers artistiques Arto Esperanto battent leur plein.

Arto Esperanto, chacun y met le sens qui lui convient, mais il y aura forcément un peu d’art, de la culture, du multilinguisme, de l’entente et du partage. C’est l’esprit de ces ateliers artistiques à destination des enfants roms du camp voisin. Esprit idéalisé, avec une pratique qui l’est certes moins, mais qui a le mérite de « détecter ce dans quoi ils peuvent s’éclater et s’exprimer malgré les problèmes de langage que certains peuvent rencontrer ». Pour y parvenir, Swan Blachère, conteuse de la Compagnie La voyageuse immobile à qui la MJC et le Collectif Roms de Tourcoing ont fait appel, organise des activités d’expression corporelle. Culturelle, aussi. « Le but est de mettre devant ces enfants un maximum de diversité pour qu’ils trouvent leurs compétences. » Des masques, du théâtre, des acrobaties, de la musique.

 

« Des gamins comme les autres »

Une vingtaine d’enfants participent à ces ateliers, une fois par semaine en période scolaire, tous les jours pendant les vacances. Ils ont entre 5 et 14 ans. Viennent en groupe, depuis le camp. Les grands veillent sur les petits, font la loi, parfois. Pas toujours facile de capter l’attention, alors les ateliers sont limités dans le temps. Les incompréhensions sont parfois légion, mais « il y a aussi des moments de réel partage », sourit Swan Blachère. Et la satisfaction qui va avec. La créatrice de la compagnie de spectacles n’en n’est pas à sa première intervention auprès de publics en situation difficile. Pour cette expérience, elle ne savait pas trop à quoi s’attendre. Et c’est finalement face à « des gamins comme les autres » qu’elle s’est retrouvée. Et quand, sur la route vers la salle de sports, elle leur demande d’entonner une chanson, déjà prête à s’immerger dans des mélodies venues tout droit d’un film d’Emir Kusturica, c’est une contine française apprise à l’école qu’elle entend. Quand la danse est le sujet phare, c’est sur du rap qu’ils veulent se déhancher. « Je pensais qu’il y aurait plus de traditions ancrées en eux, en fait non, ce sont des enfants, voilà. » « Ce qui n’est pas le cas des parents, plus marqués par les coutumes, réagit François Chastain, directeur de la MJC. Les enfants, eux, regardent devant, ce qu’ils sont en train de construire. »

Le but d’Arto Esperanto participe à la volonté du Collectif Roms tourquennois de changer l’image de cette population. Alors un spectacle, fruit des ateliers artistiques, sera donné en fin d’année scolaire. Doï-Kitta-Doï (Deux par deux). Ce sont les enfants qui ont choisi ce nom, pour une représentation autour de duos acrobatiques, clownesques, musicaux... « Il y sera, entre autres, question de rencontres », relate Swan Blachère. Spectacle prévu le 18 juin.

 

Le conte, « révélateur de la pensée »

Créée à Tourcoing en juin 2013 par Swan Blachère, la Compagnie de la voyageuse immobile a pour vocation de « s’appuyer sur les cultures traditionnelles, le patrimoine oral, pour créer des spectacles de contes ». Des représentations à destination de tous les publics, comme c’est le cas pour Sucré-salé, un conte en duo avec le musicien Jean-Bernard Hoste, qui sera donné le 14 mai sous une yourte, en collaboration avec la Maison folie Beaulieu à Lomme.

Allier musique et transmission orale d’histoires ancestrales, voilà le but de Swan Blachère. Et c’est parce qu’elle considère que ce type d’activité artistique agit comme un « révélateur de la pensée » de ceux qui n’ont pas forcément tous les outils pour la partager, qu’elle cherche aussi à travailler auprès des publics en difficulté. Sa compagnie est donc intervenue à la prison de Douai, auprès des pères séparés de leurs enfants. « Le but était de leur faire enregistrer des histoires à envoyer à leurs enfants. » Aujourd’hui, c’est auprès des enfants roms que Swan Blachère intervient. Avant, peut-être, de créer un nouvel atelier à destination des populations incarcérées.

 

Sortir des clichés

Les ateliers artistiques s’intègrent au « Dispositif Diapason ». Un programme d’accompagnement scolaire, mis en place fin 2012 par la ville de Tourcoing en lien avec les MJC. S’il s’adresse à tous les enfants de la ville, par le biais d’un protocole précis, d’un repérage des enfants en difficulté par les enseignants pour éviter le décrochage, ce programme a été adapté quand il s’est agi d’y accueillir les enfants roms.

« Quand ils sont arrivés, on s’est dit qu’il fallait quelque chose de spécifique, ne serait-ce que pour adapter les cours de soutien à la problématique de la langue », note François Chastain, directeur de la MJC du Virolois. Et les ateliers artistiques viennent se souder à l’accompagnement scolaire : « On réfléchit à la façon d’utiliser les chansons comme un outil pour l’aide aux devoirs », explique Swan Blachère.

Les différents travaux se font donc en relation étroite les uns des autres. L’objectif étant, finalement, de supprimer ces ateliers spécifiques. « Nous n’avons pas vocation à faire perdurer ces activités particulières pour les enfants du camp », note François Chastain. Lui veut aller plus loin dans l’échange entre enfants. « Il faut qu’on sorte des clichés. Quand la rencontre a réellement lieu, cela permet de discuter. »

 

PHOTOS © BERANGERE BARRET